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Le partage des données fait toute la différence

7 December 2015

Le partage des données est en train de devenir un aspect fondamental de la recherche clinique dans le monde entier. Nous examinons comment WWARN, le premier réseau de partage de données sur le paludisme, a utilisé, au cours des six dernières années, l'analyse groupée des données partagées pour fournir des données probantes qui ont amélioré les schémas posologiques des traitements contre le paludisme.

Pourquoi avons-nous besoin de partager les données ?

Au cours des deux dernières décennies, le partage et la mise en commun des données de recherche sont devenus essentiels à l'essor de nombreuses disciplines scientifiques, et sont exigés par certains donateurs, organismes de réglementation et revues scientifiques.

C'est le cas pour la recherche en médecine tropicale. En fait, le partage des données a peut-être encore plus de valeur en médecine tropicale, et ce pour plusieurs raisons : le faible volume des données disponibles, l'impact important sur la santé publique exercé par des politiques et pratiques fondées sur des données probantes et enfin le peu d'intérêt manifesté par les organismes commerciaux à l'égard de ces maladies liées à la pauvreté.

WWARN et les données partagées

Il n'est pas facile de déterminer l'efficacité avec laquelle un médicament antipaludique agit. Cela demande de traiter des centaines de patients atteints de paludisme puis de suivre la réponse au traitement de chaque patient, pendant un mois ou plus, dans le cadre d'un essai clinique. Les essais cliniques deviennent encore plus puissants si les résultats sont combinés avec ceux d'autres populations cibles, régions, pays, voire même continents, puis analysés. Ils fournissent des données sur la réponse clinique, les concentrations en médicaments, les marqueurs de la résistance et la qualité des médicaments.

C'est en 2009 que WWARN, une plate-forme de partage de données indépendante scientifiquement, a été lancée pour encourager les changements de politiques et fournir des informations permettant de ralentir ou d'arrêter la propagation ou l'émergence de la résistance aux médicaments contre le paludisme. L'objectif du réseau était de faciliter le partage des données afin que certaines questions scientifiques spécifiques puissent faire l'objet d'une étude approfondie.

Dans ce but, les chercheurs internationaux ont accepté de déposer leurs résultats d'essais cliniques dans le Centre de données de WWARN. WWARN a ensuite mis en place des normes pour régir le partage des données, a élaboré des méthodes sûres pour le dépôt des données en ligne ainsi que des approches permettant d'harmoniser les divers formats de données. Les résultats provenant de tous ces essais cliniques, portant sur des patients individuels, ont pu alors être réunis au sein de grands ensembles de données qui ont été analysés de manière groupée.

Il a fallu plusieurs années pour développer cette approche systématique en raison de la multiplicité des données patient, la diversité des sources de données et la complexité des questions scientifiques auxquelles les ensembles de données combinées doivent répondre.

La toute première analyse collaborative - explorant l'efficacité de la dihydroartémisinine-pipéraquine (DHA-PQP) - a examiné les réponses de 7 000 patients répartis dans 26 études différentes. Bien que seulement 136 patients n'aient pas été guéris, une analyse plus poussée a révélé que le risque d'échec de traitement était trois fois plus élevé chez les très jeunes enfants parce que ces derniers recevaient une dose de médicament insuffisante. Ces conclusions ont été appuyées par les modèles de pharmacocinétiques et pharmacodynamiques (Tarning et al., soumis).

L'impact à ce jour

Depuis l'établissement de WWARN en 2009, des partenaires de recherche travaillant dans plus de 260 institutions dans le monde ont contribué au réseau WWARN et ont permis de rassembler plus de 120 000 dossiers patients individuels au sein du Centre de données WWARN. Cela équivaut à environ 80 % de toutes les données disponibles provenant d'essais sur la thérapie combinée à base d'artémisinine.

Sur la base des résultats obtenus par le groupe d'étude sur l'impact de la posologie de DHA-PQP et de la modélisation pharmacométrique de la pipéraquine, l'Organisation mondiale de la Santé a révisé la dose recommandée de DHA-PQP, un antipaludique couramment utilisé chez les jeunes enfants. Ces schémas posologiques révisés devraient fournir des concentrations de pipéraquine similaires dans tous les groupes d'âge.

L'approche novatrice de WWARN a permis à la communauté luttant contre le paludisme de poser des questions scientifiques pratiques, qui sauvent des vies, à l'aide des résultats regroupés et des analyses interdisciplinaires. Ainsi les évolutions communes sont identifiées et comprises, particulièrement dans les populations où le risque de réponse médiocre au traitement est élevé. Ce n'est possible que grâce à une approche reposant sur des méta-analyses de données patients individuelles. En effet, une seule étude, quelle qu'elle soit, n'a pas la puissance statistique requise pour examiner les différents facteurs de risque, tandis que les méta-analyses issues d'informations agrégées n'ont pas accès à suffisamment de renseignements détaillés pour tirer des conclusions similaires.

Les résultats des méta-analyses aident les chercheurs à recommander des ajustements aux méthodes de traitement qui peuvent retarder l'apparition ou la propagation de tout parasite résistant et prolonger la durée de vie des médicaments antipaludiques disponibles.

Partage de l'expertise

Récemment, un rapport a été publié sur le séminaire tenu en Afrique du Sud en mars 2015 - Partager les données de recherche pour améliorer la santé publique en Afrique. Le séminaire a réuni des chercheurs et des épidémiologistes de la santé publique, principalement originaires du continent africain, ainsi que des experts internationaux choisis, pour parler des avantages et difficultés du partage de données visant à améliorer la santé publique. Ils ont également discuté des mesures potentielles à prendre pour guider les travaux futurs liés au partage du résultat des recherches sur la santé publique.

Lors de l'événement, Karen Barnes, chef du groupe Pharmacologie de WWARN et professeure de pharmacologie clinique à l'université de Cape Town, a présenté les efforts déployés par WWARN pour rassembler la communauté des chercheurs sur le paludisme et rendre le traitement contre le paludisme plus efficace.

« Cette réunion a souligné le besoin critique d'établir des conditions d'utilisation équitables et des mécanismes pour veiller à ce que la contribution de ceux qui génèrent les données soit reconnue à sa juste valeur. Cela est particulièrement important pour les chercheurs des pays à revenu faible et moyen, et WWARN a travaillé dur pour y parvenir », explique le professeur Barnes.

WWARN encourage fortement celles et ceux qui partagent leurs données à participer également à tout projet qui utilise ces données. Ceux qui sont impliqués dans un projet sont considérés comme auteurs et ceux qui ont fourni des données sont considérés comme contributeurs dans toute publication qui résulte de l'utilisation de leurs données.

Et maintenant ?

Les partenaires de WWARN continuent de recueillir de nouveaux résultats d'étude pour mettre à jour le Centre de données et fournir des données probantes qui viendront éclairer le développement des nouveaux médicaments et promouvoir une meilleure qualité et un dosage optimal des médicaments. Trois autres analyses à grande échelle des médicaments antipaludiques ont été achevées, et plusieurs autres sont actuellement en cours.

WWARN adapte également son système de gestion des données pour d'autres maladies tropicales telles que la fièvre Ebola et la leishmaniose viscérale.