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People in a Medical Center in Guinea

Recours à la modélisation mathématique pour lutter contre le paludisme

12 August 2022

Les chercheurs ont créé un modèle mathématique permettant de prédire la résistance génétique aux médicaments antipaludiques en Afrique afin de mieux gérer l'une des plus grandes menaces pour la lutte contre le paludisme dans le monde.

Le paludisme est une maladie mortelle causée par un parasite qui se propage aux humains par le biais de moustiques infectés. Il peut être prévenu et guéri. Or, la résistance aux médicaments antipaludiques actuels entraine des pertes humaines évitables. L'Organisation mondiale de la santé estimait à 241 millions le nombre de cas de paludisme à travers le monde en 2020, conduisant à plus 600 000 décès.

Dans une étude publiée aujourd'hui dans PLOS Computational Biology, une équipe de recherche internationale a utilisé les données de WWARN (WorldWide Antimalarial Resistance Network - Réseau international sur la résistance aux antipaludiques), un réseau collaboratif international scientifiquement indépendant, pour cartographier la prévalence des marqueurs génétiques indicateurs d'une résistance au traitement contre le parasite Plasmodium falciparum, responsable du paludisme.

L'auteure principale, professeure associée Jennifer Flegg de l'université de Melbourne, a évoqué les effets dévastateurs du paludisme sur les pays à faible revenu avant de conclure que son élimination dépendait essentiellement d'un traitement efficace.

« L'antipaludique sulfadoxine-pyriméthamine (SP) est couramment utilisé dans les programmes de traitement préventif contre le paludisme mis en place en Afrique et destinés en particulier aux nourrissons, jeunes enfants et femmes enceintes. Mais nous savons que l'efficacité de ce traitement est menacée dans les zones où la résistance à la SP est élevée », a expliqué Pr Flegg.

« L'outil de cartographie statistique que nous avons développé est essentiel aux organisations de santé, leur permettant ainsi de comprendre la propagation de la résistance aux médicaments contre le paludisme. Le modèle héberge les données disponibles et remplit les lacunes par des prédictions faites en continue dans l'espace et le temps.

« Les agences de santé peuvent utiliser cet outil pour comprendre où et quand la SP peut être utilisée dans les traitements préventifs contre le paludisme et dans quelles situations d'autres antipaludiques devraient être explorés. »

Professeur Karen Barnes, cheffe du groupe WWARN Pharmacie et élimination, a ajouté qu'il y a un besoin urgent en médicaments qui protègent contre les infections paludiques (chimioprévention du paludisme) Or, les options de traitement disponibles sont limitées.

« Ces données précises sur l'étendue de la résistance à la SP à travers l'Afrique permettront de savoir où le traitement préventif à base de SP – seul ou combiné avec d'autres antipaludiques – serait le plus susceptible d'avoir un impact maximal », a déclaré Pr Barnes.

Professeur Feiko ter Kuile, chef du groupe WWARN Paludisme pendant la grossesse, a précisé que le modèle actualisé de la résistance à la SP en Afrique était attendu depuis longtemps.

« La plupart des données de cartographie de la résistance se sont logiquement concentrées sur l'émergence de la résistance aux antipaludiques à base d'artémisinine, administrés pour traiter le paludisme. Or, c'est la sulfadoxine-pyriméthamine qui est largement utilisée dans toute l'Afrique pour la chimioprévention du paludisme chez les femmes enceintes et les enfants », a ajouté Pr ter Kuile.

« La résistance accrue du parasite du paludisme à la sulfadoxine-pyriméthamine en Afrique est un sujet de préoccupation depuis plusieurs décennies. Cependant, il n'y avait pas assez de données facilement accessibles sur la résistance.

Cette étude rassemble au sein d'un seul modèle toutes les données disponibles sur la résistance à la SP des deux dernières décennies. Cela permet aux programmes nationaux de lutte contre le paludisme et aux chercheurs d'avoir enfin des données indispensables sur le degré de résistance dans une zone donnée, pour une année donnée. Il est ainsi possible de mieux comprendre l'impact de la résistance à la SP sur l'efficacité de ces interventions préventives et de savoir si d'autres médicaments de chimioprévention peuvent être envisagés et quand. »

Pr Flegg a conclu : « Cet outil de recherche devrait éclairer les politiques de santé pour que nous puissions nous rapprocher un peu plus de l'ambitieux objectif de l'Organisation mondiale de la santé : éliminer le paludisme d'ici 2030. » 

L'équipe était composée de chercheurs issus des universités suivantes : Melbourne, Oxford, Johnson C. Smith, Cape Town et Witwatersrand.

Cette recherche a été soutenue financièrement par : Bill & Melinda Gates Foundation, Smith Institute for Applied Research et Australian Research Council.