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Les tendances historiques révèlent une voie pour l'analyse prédictive

17 March 2014

Un nouveau modèle encourage les experts de la santé publique à mener une surveillance des médicaments antipaludiques avant qu'une pharmacorésistance n'émerge ou ne s'étende en Afrique.

Actuellement, plus de la moitié de la population mondiale est à risque de contracter le paludisme, tandis que plus de 600 000 personnes meurent du paludisme chaque année, dont la plupart sont des enfants africains. Dès qu'une résistance à certains médicaments antipaludiques émerge, on cherche souvent à les remplacer par de nouveaux médicaments qui sont à leur tour affectés par la probabilité de l'émergence d'une résistance. Cette situation s'est produite dans les années 1950 avec la chloroquine (CQ) et plus récemment en Asie du Sud-Est, lorsque la très grande efficacité des thérapies combinées à base d'artémisinine (ACT) a été remise en cause le long des frontières thaïlandaises, birmanes et cambodgiennes.

En conséquence, les chercheurs exhortent à accorder une attention urgente à la menace, partout en Afrique, de propagation ou d'émergence de la résistance qui viendraient compromettre les progrès accomplis à l'échelle mondiale en matière d'éradication du paludisme.

Pour répondre à cet appel, le WorldWide Antimalarial Resistance Network (WWARN) met au point une série de techniques de modélisation mathématique permettant d'analyser le rapport entre les changements de politique nationale et les tendances relatives à l'usage des médicaments antipaludiques dans 40 pays africains. Si la résistance à l'artémisinine se propage en Afrique, ces nouvelles approches aideront à modéliser l'efficacité du traitement médicamenteux réel et estimé.

Quelle est la situation aujourd'hui ?

L'utilisation massive et continuelle de médicaments est une cause avérée de la résistance aux médicaments. Au cours de la dernière décennie, la résistance aux antipaludéens de première ligne, comme la sulfadoxine-pyriméthamine (SP), a conduit de nombreux ministères de la santé africains à modifier leur politique de traitement pour donner la priorité aux ACT. Bien que l'accès accru aux ACT soit confirmé dans la plupart des pays, l'utilisation des antipaludiques non recommandés comme la CQ et la SP a continué pendant de nombreuses années après que ces changements de politique aient été confirmés.

Pourquoi est-ce important ?

L'intervalle de temps entre l'émergence de résistances antipaludiques et la mise en œuvre des changements de politique affecte grandement le paludisme et les taux de mortalité. Un document récemment publié par la revue American Journal of Tropical Medicine and Hygiene a fourni une analyse détaillée des tendances historiques qui montre que les changements de politique se produisent parfois de nombreuses années après l'apparition de la résistance.

Un groupe statistique WWARN, qui a conduit cette étude, a fourni une analyse détaillée des tendances historiques qui suggère que les changements de politique se produisent parfois de nombreuses années après l'apparition de la résistance. Puisque les données sur le traitement par ACT en Afrique deviennent disponibles, il sera bientôt possible d'utiliser ces modèles pour estimer la consommation réelle d'ACT et son rôle dans la propagation de la résistance aux médicaments. En développant ces approches maintenant, nous pourrons surveiller les principaux changements plus rapidement et plus efficacement à l'avenir.

Comment est-il possible de modéliser les tendances relatives à l'usage des médicaments et à sa politique en Afrique ?

En collaboration avec ACTwatch[1], l'équipe WWARN a quantifié les tendances de la consommation de CQ et SP durant la période allant de 1999 à 2011 mais aussi après le changement de politique, dans chaque pays. En outre, la méthodologie met en corrélation les mesures de consommation de médicaments et la résistance aux médicaments.

Pour mesurer la consommation de médicaments, l'équipe a utilisé les données sur les traitements antipaludiques pris par les enfants de moins de cinq ans pour traiter la fièvre[2]. Les niveaux de traitement par CQ ont ensuite été modélisés en relation avec les changements de politiques nationales, pays par pays.

Qu'est-ce que les modèles confirment ?

Globalement, l'analyse illustre la consommation courante de CQ et de SP chez les enfants de moins de cinq ans en Afrique[3] 

Modelling SP drug use in Africa Flegg et alModelling SP drug use in Africa Flegg et al

 

Les résultats montrent que le taux de réduction de l'utilisation de la CQ, après qu'elle n'a plus été le médicament de première ligne dans un pays donné, n'est pas associé à des caractéristiques géographiques claires. Ceci suggère que la consommation de médicaments dépend moins de la politique officielle du pays que de facteurs qui varient d'un pays à l'autre comme les habitudes de prescription, les coûts des traitements et l'intégrité de la chaîne d'approvisionnement.

La surveillance continue sera un facteur essentiel pour guider la lutte antipaludique et les politiques d'endiguement de la résistance jusqu'à l'éradication. Il est également crucial de soutenir des initiatives telles que les Enquêtes démographiques de santé (EDS), les Enquêtes en grappes à indicateurs multiples (MICS) et ACTwatch afin de disposer de données pertinentes à analyser et de renforcer ainsi notre compréhension collective des moteurs actuels de la résistance.

Téléchargez le document : Flegg J, Metcalf CJE, Gharbi M et al. Trends in antimalarial drug use in Africa. American Journal of Tropical Medicine and Hygiene 2013; doi: 10.4269/ajtmh.13-0129

 

Voici deux courtes vidéos, l'une montrant les changements temporels et spatiaux de la résistance à la SP, tels qu'ils ont été mesurés par la prévalence du marqueur dhps540E, et une deuxième illustrant les changements de la politique de traitement en Afrique, de 1999 à 2011. taille 200 x 150

Cet article a été écrit par le Jennifer [dot] flegg [at] wwarn [dot] org (Dr Jennifer Flegg), modélisatrice mathématique sortante de WWARN. Eric Grist, PhD, précédemment à la Menzies School of Health Research, Charles Darwin University en Australie, se joindra au WWARN en qualité de modélisateur ce mois-ci.

[1] ACTwatchest un projet de recherche de Population Services International, en collaboration avec la London School of Hygiene & Tropical Medicine.

[2] Les enquêtes sur les ménages utilisées pour cette étude ont été réalisées entre 1999 et 2011 en Afrique par les Enquêtes démographiques et de santé (DHS) et les Enquêtes en grappes à indicateurs multiples (MICS). 

[3] Légende du graphique (figure 7) : Données de consommation de CQ (rouge), SP (bleu) et  ACT (vert) de 1999 à 2011 et modèles de régression logistique ajustés aux données. Le graphique du haut indique le nombre de pays, par intervalle de deux ans, dont les politiques nationales antipaludiques ont rompu avec l'administration de CQ (rouge) et SP (bleu).