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Les données lacunaires sur la qualité des médicaments

29 May 2014

L'utilisation de médicaments de qualité inférieure ou falsifiés menace la vie de millions de personnes à travers le monde. Bien qu'il s'agisse là d'un problème fréquent dans de nombreuses régions où le paludisme est endémique, notre compréhension de l'ampleur du problème et de ses conséquences est remarquablement limitée.

Une équipe de chercheurs du réseau WWARN (Worldwide Antimalarial Resistance Network) a passé ces deux dernières années à construire une base de données mondiale complète, en libre accès, qui rassemble et analyse tous les rapports sur la qualité des médicaments antipaludiques publiés en anglais, français et espagnol, depuis 1946. Les études fournissent un aperçu précieux de l'ampleur et de la gravité de la question des médicaments falsifiés (en raison de la fraude) et des médicaments de qualité inférieure (en raison d'erreurs de laboratoire ou du stockage des médicaments). Elles mettent en évidence les énormes lacunes qui existent dans les données disponibles sur la qualité des médicaments utilisés pour traiter les patients souffrant de paludisme.

Plus de 60 % des pays où le paludisme est endémique ne disposent pas de rapports accessibles au public sur la qualité des traitements contre le paludisme. Chaque année, on estime que 200 à 400 millions de traitements antipaludiques sont administrés en Afrique, auxquels il faut ajouter 100 millions de traitements dans le reste du monde. En dépit de ces chiffres, les données sur la qualité des médicaments, analysées et rendues publiques au cours des 60 dernières années, ne concernent qu'environ 9000 échantillons de médicaments.

Les pays où la disposition du public des rapports antipaludique de qualité des mLes pays où la disposition du public des rapports antipaludique de qualité des médicaments ont été trouvés au cours des 5 dernières années.

 « Les estimations sur la qualité des médicaments varient considérablement en fonction de la méthode d'échantillonnage et de la technique utilisée, mais notre connaissance limitée de l'ampleur du problème nous rend incapables d'apprécier correctement la façon de réagir » dit Patricia Tabernero, première auteure d'un article récent publié dans la revue Malaria Journal et coordonnatrice scientifique de la qualité des médicaments à WWARN.

L'équipe a constaté que 30 % des 9348 échantillons de médicaments, sur lesquels des informations avaient été recueillies, ont échoué aux tests de qualité chimique ou de conditionnement. Parmi les médicaments qui ont échoué aux tests, plus de 39 % ont été classés comme étant falsifiés, 2,3 % comme étant de qualité inférieure et plus de 58 % comme étant de « mauvaise qualité », sans données disponibles pour les classer dans la catégorie de qualité inférieure ou dans la catégorie des falsifiés.

 « Nous devons absolument améliorer les protocoles et les techniques d'échantillonnage dans les zones où le paludisme est endémique. Il faut investir pour renforcer la capacité des laboratoires de contrôle qualité afin que nous puissions obtenir des résultats d'analyse fiables et ainsi être mieux équipés pour faire face à ce problème grandissant », déclare Souly Phanouvong[P1] , PharmD, Ph.D., directeur pour l'Asie du programme Promoting the Quality of Medicines (Promotion de la qualité des médicaments) (PQM), un programme de santé mondial financé par l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et mis en œuvre par la Pharmacopée américaine (USP).

Souly poursuit, « Pour y faire face, nous devons travailler en partenariat avec les gouvernements, les professionnels de santé, le secteur privé, les instituts de recherche, les donateurs et les ONG. Tous ensemble, nous pourrons déterminer l'ampleur réelle du problème et mettre à la disposition des Organismes de réglementation des médicaments des stratégies réalistes, et les moyens de les appliquer, afin d'améliorer le traitement de millions de patients ».

La mauvaise qualité des médicaments ne se limite pas aux traitements antipaludiques. C'est une charge onéreuse, beaucoup trop sous-estimée, qui gangrène la santé à l'échelle mondiale. Une des principales causes de ce défaut d'informations est le manque de ressources des laboratoires situés dans les régions les plus touchées : ils n'ont pas les moyens nécessaires pour analyser les échantillons de médicaments et dépister les médicaments suspects.

« Plus de 600 000 personnes meurent du paludisme chaque année. Beaucoup de ces caspourraient être évités si les médicaments distribués aux patients étaient efficaces, de haute qualité et utilisés correctement. En outre, les antipaludiques de mauvaise qualité, en particulier ceux de qualité inférieure, sont susceptibles d'être des moteurs importants de résistance aux médicaments », explique le Dr Paul Newton, auteur principal de l'étude et directeur de l'unité de recherche Lao-Oxford-Mahosot Hospital-Wellcome Trust au Laos. « Nous devons veiller à ce que les techniques d'analyse et les méthodes d'échantillonnage standardisés, servant à définir les différents types de médicaments de mauvaise qualité, soient accessibles dans les pays où le paludisme est endémique. Il faut que nous placions cette question tout en haut de l'agenda mondial de la santé publique. » 

Téléchargez le dernier article : Tabernero, P., et al., Mind the gaps - the epidemiology of poor-quality antimalarials in the malarious world - analysis of the Worldwide Antimalarial Resistance Network database. Malaria Journal, 2014; 13:139; doi:10.1186/1475-2875-13-139

NOUVELLES EN BREF : L'unité de recherche Lao-Oxford-Mahosot Hospital-Wellcome Trust et WWARN ont récemment confirmé un accord visant à fournir des conseils et une assistance, sur les questions de la qualité des médicaments, au projet Joint Inter-Agency Task Force (JIATF) Project, en se concentrant sur le vol, le détournement et la contrefaçon des médicaments antipaludiques financés par le Fonds mondial et l'USAID .  Le JIATF comprend du personnel issu du Bureau de l'Inspecteur général (BIG) du Fonds mondial, du Bureau de l'Inspecteur général de l'USAID (BIG-USAID), et du Bureau de l'audit et des investigations (BAI) du PNUD

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Footnote: QM est un programme mondial de santé financé par l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et mis en œuvre par la U.S. Pharmacopeial Convention (USP)