Search
RSA Traning

Formation sur le test RSA: entretien avec Naomi Lucchi

28 October 2014

Le Dr Naomi Lucchi, chercheuse associée à la section paludisme du Centre de santé mondiale, Centers for Disease Control and Prevention à Atlanta aux États-Unis, discute de sa récente formation sur le protocole de dosage Ring Stage Survival Assay (RSA) conduite par l'Institut Pasteur et WWARN à Phnom Penh. Naomi explique comment cette technique peut contribuer à la surveillance de la résistance aux médicaments antipaludiques en Afrique de l'Est.

Le Dr Naomi Lucchi, chercheuse associée à la section paludisme du Centre de santé mondiale, Centers for Disease Control and Prevention à Atlanta aux États-Unis, discute de sa récente formation sur le protocole de dosage Ring Stage Survival Assay (RSA) conduite par l'Institut Pasteur et WWARN à Phnom Penh. Naomi explique comment cette technique peut contribuer à la surveillance de la résistance aux médicaments antipaludiques en Afrique de l'Est.

Quelle est l'ampleur des difficultés liées à la lutte contre le paludisme ?

L'approche à plusieurs volets pour prévenir et contrôler le paludisme (combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine, moustiquaires imprégnées d'insecticide de longue durée, pulvérisation d'insecticides à effet rémanent à l'intérieur des habitations, amélioration du diagnostic) a conduit à une réduction de la morbidité et de la mortalité du paludisme. Cependant, les difficultés subsistent : le nombre de décès dus au paludisme est toujours inacceptable pour une maladie qui peut être évitée et guérie ; les problèmes posés par la résistance aux médicaments resurgissent, avec plusieurs pays affichant une résistance à l'artémisinine démontrée, sans que nous n'ayons de traitement prêt à remplacer les combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine (ACT).

Pourquoi est-il important d'observer le stade en anneau (ring stage) du parasite responsable du paludisme lorsqu'on étudie la résistance à l'artémisinine ?

Les parasites qui sont sensibles à l'artémisinine sont éliminés très rapidement du corps de l'hôte ; en revanche, les parasites résistants à l'artémisinine sont caractérisés par un taux de clairance lent. Des études ont montré que les tests standard in vitro de sensibilité au médicament ne correspondaient pas bien aux études d'efficacité thérapeutique. Witkoswki et al. ont montré que des essais in vitro menés sur de jeunes stades en anneau (0-3 heures) permettaient de faire la distinction entre les parasites présentant un phénotype à clairance lente et ceux à clairance rapide.

Quel est votre domaine de recherche ?

Notre équipe est impliquée dans un large éventail de recherche sur le paludisme, notamment la biologie générale du parasite responsable du paludisme, le développement et l'évaluation d'outils de diagnostic du paludisme, l'immuno-épidémiologie, l'épidémiologie moléculaire et la surveillance de la résistance aux médicaments antipaludiques. Concernant cette dernière, nous menons des études d'efficacité thérapeutique, des tests in vitro de sensibilité au médicament et une surveillance moléculaire de la résistance aux médicaments.

Pourquoi avez-vous souhaité participer à cette formation ?

Je voulais acquérir une connaissance de première main sur le RSA qui a été développé dans les laboratoires in vitro de l'Institut Pasteur. La formation m'a permis de travailler directement avec le Dr Benoit Witkowski et son équipe pour apprendre à effectuer correctement ce test ; mes questions ont reçu des réponses et mes compétences se sont aiguisées. J'ai gagné en confiance. Je me sens désormais en mesure d'effectuer ce dosage dans mon laboratoire et de former d'autres personnes.

Quels ont été les temps forts de cette formation ?

Nous avons pu effectuer un test RSA avec des isolats de terrain et c'était très satisfaisant de pouvoir comparer nos résultats avec ceux obtenus précédemment par l'équipe du Dr Witkoswki, notamment parce que nous avons obtenu les mêmes résultats. Les présentations d'autres participants et les interactions entre nous m'ont permis de comprendre le travail d'autres laboratoires et de comparer nos informations.

Comment envisagez-vous d'utiliser les compétences que vous avez acquises durant cette formation ?

Nous avons l'intention d'utiliser ce test pour déterminer le phénotype des parasites vis à vis de l'artémisinine dans nos études de surveillance intérieure du paludisme ; ce sont des cas de paludisme importés provenant de voyageurs de retour de pays endémiques. En outre, nous pourrons mettre en œuvre ce test (dans la mesure du possible) comme un outil supplémentaire pour les études de surveillance de la résistance au médicament, avec nos pays partenaires, en Afrique ou en Amérique du Sud.

Quelle importance revêt ce type de formation pour l'ensemble de la communauté luttant contre le paludisme, au Kenya et dans le monde ?

Les formations pratiques comme celle-ci sont une occasion de réaliser de nouvelles méthodes de dosage sous l'œil d'experts ; elles permettent d'apprendre correctement toutes les compétences techniques et de poser des questions. En rencontrant d'autres personnes, on peut également partager nos expériences et s'entraider pour parfaire nos compétences. Je pense que ce test ne peut être effectué que dans un laboratoire bien équipé et soutenu techniquement, idéalement, un laboratoire de référence dans un pays ou une région. Par exemple, au Kenya, ce test peut être implémenté dans le centre KEMRI, sans omettre toutefois de mettre en place une importante formation des techniciens et du personnel sur cette technique.

Comment pensez-vous que ce test puisse soutenir la surveillance, à l'échelle mondiale, de la propagation ou de l'émergence de la résistance à l'artémisinine ?

L'utilisation du test RSA, dans le but d'identifier les parasites à clairance lente, fournit un outil supplémentaire pour les études d'efficacité thérapeutique dans les pays où le paludisme est endémique. Il n'est pas toujours possible de réaliser une étude d'efficacité thérapeutique. Ainsi, le test RSA ex vivo peut servir à surveiller la résistance à l'artémisinine et fournir des données ou des preuves aux programmes de lutte contre le paludisme. Par exemple, un pays peut établir plusieurs sites sentinelles, dans les régions où le paludisme pose problème, et recueillir chaque année des échantillons de sang pour le test RSA et le génotypage moléculaire afin de surveiller les phénotypes et génotypes des parasites circulant dans le pays. Ce test permet de détecter des signaux importants de l'émergence ou de la propagation de la résistance.

Pourquoi est-ce particulièrement important en Afrique de l'Est ?

Suite à l'émergence de l'échec des traitements à base d'artémisinine en Asie du Sud-Est (Cambodge, Thaïlande et Viet Nam), il est impératif que les communautés qui luttent contre le paludisme dans les pays endémiques surveillent de très près la situation dans leurs pays. Historiquement, la résistance aux autres antipaludiques, tels que la chloroquine et la sulphadoxine-pyriméthamine, s'est d'abord propagée d'Asie du Sud-Est à l'Afrique de l'Est, avant de conquérir d'autres parties de l'Afrique. À ce jour, aucune étude n'a signalé d'échec thérapeutique des ACT en Afrique de l'Est. Toutefois, il est important de détecter l'apparition éventuelle de parasites à clairance lente et de surveiller attentivement l'évolution des profils de sensibilité à l'artémisinine. Nous devons également planifier des études thérapeutiques afin de confirmer l'évolution des profils de résistance. Tout ce faisceau de preuves sera utile aux institutions régionales et nationales pour qu'elles prennent des décisions stratégiques éclairées et appropriées. 

Pour plus d’informations et pour poser vos questions, vous pouvez contacter Benoit Witkoswki  et Didier Menard par email : invitro [at] wwarn [dot] org