Quelle est l’incidence des marqueurs moléculaires sur le traitement ?
Les marqueurs moléculaires peuvent être des outils puissants pour surveiller la sensibilité aux médicaments et évaluer la nécessité d’adapter les politiques de lutte contre le paludisme. Le prélèvement des échantillons et l’analyse moléculaire des marqueurs de résistance sont relativement rapides et peu coûteux. Ces méthodes simples font des marqueurs moléculaires des indicateurs utiles pour orienter le traitement antipaludique dans des situations allant des cas d’urgence et des épidémies à des évaluations à grande échelle de la prévalence des marqueurs.
Bien que les marqueurs moléculaires puissent être très utiles pour éclairer les politiques de lutte contre le paludisme, les exemples d’applications concrètes restent rares. Une partie du problème vient de l’absence de mécanismes permettant de partager significativement et en temps utile des données moléculaires entre les chercheurs, les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et les décideurs.
Pour renforcer la valeur pratique des marqueurs de résistance en santé publique, le module Moléculaire du réseau WWARN vise à :
• Faciliter la communication de l’information sur les marqueurs moléculaires auprès des non-scientifiques en fournissant des outils de présentation et d’analyse des données.
• Fournir des informations récapitulatives à jour sur les marqueurs moléculaires au niveau régional et national.
• Partager les outils du réseau WWARN avec les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et les décideurs.
• Sensibiliser davantage à l’utilité des marqueurs moléculaires dans l’étude de la résistance aux antipaludiques.
Les marqueurs moléculaires en action
Au Mali
Une démonstration de l’application de surveillance moléculaire en santé publique a été faite au Mali (Djimde et al, 2004), où une épidémie de paludisme s’est produite dans une région ayant des infrastructures limitées et en proie à des troubles en 1999. Une équipe d’étude de l'épidémie a recueilli des échantillons sanguins sur du papier filtre prélevés chez des patients dans la région touchée et a analysé leurs marqueurs moléculaires dans les quelques jours qui ont suivi. Les analyses moléculaires ont révélé un taux élevé inattendu de prévalence de résistance à la chloroquine, mais pas à l’association sulfadoxine/pyriméthamine (SP) (Fansidar). Sur la base de ces résultats, la chloroquine, le traitement de première intention à l’époque, a été remplacée avec succès par la SP. Comme les marqueurs moléculaires de résistance ont été évalués en temps réel, la population a été traitée efficacement par un médicament approprié.
En Tanzanie
Un traitement de première intention de remplacement de la chloroquine en échec thérapeutique était nécessaire depuis la fin des années 1990. Les marqueurs moléculaires de résistance à la SP ont été examinés dans plusieurs centres dans tout le pays afin de déterminer l’efficacité potentielle de la SP, si un traitement par cette association devait être mis en place (Mugittu et al, 2004). Les investigateurs ont trouvé que la SP serait plus efficace que la chloroquine à court terme, mais la prévalence initiale des marqueurs moléculaires indiquait que son efficacité serait bientôt compromise par une résistance croissante. Par conséquent, le ministère de la santé a adopté la SP comme le meilleur traitement temporaire disponible, mais en continuant à chercher activement un autre traitement et a fini par passer à l’association artéméther-luméfantrine.