Anopheles mosquito

Résistance aux médicaments antipaludiques : Vue d'ensemble

Bien que ces traitements soient efficaces dans de nombreuses régions du monde, le risque est grave de voir les parasites responsables du paludisme développer, une fois de plus, une résistance généralisée aux médicaments antipaludiques. 

Le paludisme reste l'une des plus terribles maladies infectieuses avec environ 212 millions d'infections et 429,000 décès chaque année, principalement des enfants de moins de 5 ans vivant en Afrique subsaharienne. 

Le parasite Plasmodium falciparum est responsable de la grande majorité des cas de mortalité et morbidité associés au paludisme.  Les thérapies combinées à base d'artémisinine, ou ACT, constituent actuellement la première ligne de traitements contre le paludisme à P. falciparum. Bien que ces traitements soient efficaces dans de nombreuses régions du monde, le risque est grave de voir les parasites responsables du paludisme développer, une fois de plus, une résistance généralisée à ce traitement vital.

Historique de la résistance de Plasmodium falciparum aux médicaments

La résistance de P. falciparum à la chloroquine, l'ancien traitement recommandé contrele paludisme à P. falciparum, est apparue pour la première fois à la fin des années 1950 en Asie du Sud-Est ; elle s'est ensuite propagée, ou a émergé, dans d'autres pays d'Asie, puis en Afrique au cours des trente années suivantes avec des conséquences catastrophiques.

D'après des données issues de la recherche, la résistance à la sulfadoxine-pyriméthamine, une autre thérapie contre le paludisme, a pris naissance dans la même région d'Asie du Sud-Est, se propageant encore plus rapidement à l'Afrique subsaharienne.

La résistance à la méfloquine est apparue en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam - pays où ce médicament a été largement utilisé - cinq ans après son introduction dans les années 1990.

Résistance aux médicaments à base d'artémisinine

Au cours des dernières années, le nombre de personnes infectées par le paludisme, ou qui en sont mortes, a diminué de manière significative. Ce succès est attribué à un accroissement de l'investissement dans la prévention et dans les mesures de traitement, notamment les moustiquaires de lit imprégnées d'insecticide et l'utilisation des thérapies combinées à base d'artémisinine qui se sont avérées très efficaces.

Toutefois, ces gains récents en vies sauvées sont menacés par l'apparition de la résistance à l'artémisinine et sa propagation dans de nombreuses régions d'Asie du Sud-Est. Le projet Collaboration pour le suivi de la résistance (Tracking Resistance to Artemisinin Collaboration ou TRAC) étudie les aspects cliniques, moléculaires, pharmacocinétiques et socio-économiques de la résistance à l'artémisinine. L'équipe a constaté que la résistance aux thérapies couramment utilisées à base d'artémisinine était fermement établie dans l'ouest du Cambodge, la Thaïlande, le Vietnam, la Birmanie orientale et dans le nord du Cambodge, tandis que des signes de résistance émergente ont été observés dans le centre de la Birmanie, le sud du Laos et le nord-est du Cambodge.

Le passé est en train de se répéter. Si cette résistance aux médicaments se propage davantage ou émerge en Afrique, des millions de vies seront alors en danger.

Résistance aux médicaments et Plasmodium vivax

Le paludisme à Plasmodium vivax est la forme la plus courante de paludisme, maintenant reconnue comme une cause majeure de décès, en particulier en Amérique latine. Alors que la résistance de P. falciparum aux médicaments est assez bien comprise, celle développée par P. vivax reste parsemée de nombreuses zones d'ombres, en particulier concernant son ampleur et sa nature.

Bien que la résistance aux médicaments ait forcé la plupart des pays d'endémie palustre à abandonner la chloroquine contre le paludisme à P. falciparum, ce médicament reste le traitement antipaludique de première ligne contre P. vivax. Toutefois, il est menacé par l'émergence et la propagation de souches de P. vivax résistantes à la chloroquine. 

Les premiers cas de P. vivax résistants à la chloroquine ont été documentés en 1989, près de 30 ans après la première preuve de l'émergence de souches de P. falciparum résistantes à la chloroquine. L'épicentre dela résistance de P. vivax à la chloroquine est situé sur l'île de Papouasie Nouvelle Guinée, mais il y a lieu de penser que l'efficacité de la chloroquine contre P. vivax est en baisse dans la plupart des pays oùle paludisme à P. vivax est endémique, comme le Brésil, la Colombie, le Pérou, la Birmanie et la Thaïlande.

Moteurs principaux de la résistance aux antipaludiques

  • Parasites du paludisme présentant une structure génétique rare dans les régions de résistance aux antipaludiques
  • Traitements de qualité inférieure ou contrefaits
  • Utilisation non réglementée ou mauvaise administration des antipaludiques
  • Artémisinine utilisée sans un traitement d'association complémentaire, tel que la luméfantrine

Que fait le réseau WWARN pour arrêter cela ?

  • Il assiste les groupes d'étude pour qu'ils génèrent des analyses groupées permettant de comprendre l'impact des posologies inadéquates dans les sous-populations clés.
  • Il plaide pour une meilleure compréhension de l'impact des médicaments de mauvaise qualité sur la lutte contre le paludisme à travers le travail du groupe sur la qualité des médicaments.
  • Il conçoit des outils de cartographie et de visualisation des données afin de suivre la propagation de la résistance ; ils peuvent être utilisés pour guider les stratégies de surveillance conduites par les gouvernements.
  • Il développe des outils, ressources et formations accessibles gratuitement afin de mettre à la disposition des chercheurs régionaux les connaissances et compétences nécessaires à l'obtention de données cliniques sur les antipaludiques de haute qualité.