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Anopheles mosquito. Credit: James Gathany

Une étude montre que l'administration massive de médicaments participe efficacement aux efforts d'élimination du paludisme dans les « hotspots » isolés de Birmanie

9 July 2018

Une étude publiée récemment dans la revue The Lancet suggère que les diagnostics et traitements précoces combinés à l'administration massive de médicaments ont permis de diminuer significativement l'incidence de P. falciparum dans certains « hotspots » de la partie orientale de la Birmanie. 

La propagation du paludisme à P. falciparum résistant à l'artémisinine et la dégradation ultérieure de l’efficacité de l’antipaludique associé dans le Bassin du Mékong menacent les efforts de contrôle et d'élimination du paludisme à l'échelle mondiale — ce qui pourraient mettre en péril des millions de vies. Les régions reculées comme la partie orientale de la Birmanie font face à des défis supplémentaires : dispensaires rares, utilisation inefficace des antipaludiques et lutte incohérente contre le vecteur.

L'étude dirigée par le professeur François Nosten, directeur de l'unité de recherche sur le paludisme Shoklo (SMRU) à Mae Sot, en Thaïlande, souligne qu’« il n'y a pas eu de stratégie de confinement claire dans la région, en conséquence, malgré les importants investissements internationaux consentis dans la lutte contre le paludisme régional, le paludisme résistant au traitement s'étend désormais sur l'ensemble du Bassin du Mékong. Cette étude fournit des preuves qu'il est possible d'éliminer rapidement le paludisme à falciparum résistant à l'artémisinine si la volonté et le soutien financier sont manifestes. »

L'étude a identifié les éléments clés de l'élimination du paludisme. Entre mai 2014 et avril 2017, l'équipe de recherche a ouvert 1 222 dispensaires consacrés au paludisme dans quatre cantons. Les villageois ont été formés et encouragés à travailler dans les communautés pour détecter, traiter et contrôler le paludisme auprès des 365 000 personnes vivant dans une zone de 18 000 km2 dans l’état Karen/Kayin de la partie orientale de la Birmanie. En avril 2017, 965 villages (79 %) sur 1 222, correspondant à 104 communautés de communes, ont été exempts de paludisme à P. falciparum pendant au moins 6 mois. Au cours des trois dernières années, les incidences observées des cas de paludisme ont diminué de 60 à 98 %. La prévalence du génotype sauvage des marqueurs moléculaires K13 de la résistance à l'artémisinine a été signalée comme restant stable (39 %, 249/631).

Le traitement antipaludique a été administré à des communautés entières vivant dans une sous-population de 50 villages identifiés comme étant des « hotspots » où les patients étaient souvent porteurs du paludisme, sans toutefois montrés aucun signe de maladie. Les villages hotspots affichaient une incidence du paludisme trois fois plus élevée que les villages voisins. Les diagnostics et traitements précoces ont été associés à une diminution significative de l’incidence de P. falciparum dans les hotspots (IRR 0,82, IC à 95 % 0,76–0,88 par trimestre) et dans d'autres villages (0,75,·0,73–0,78 par trimestre). L'administration massive de médicaments a été associée à une incidence de P. falciparum dans les villages hotspot divisée par cinq (IRR 0,19, IC à 95 % 0,13–0,26).

« C'est une étude importante démontrant qu’il est possible de prévenir ou de ralentir la propagation du paludisme résistant au traitement en donnant des antipaludiques à celles et ceux qui vivent dans des hotspots, avec l'appui des centres de consultations communautaires. L'apparition de la résistance aux traitements les plus efficaces est très inquiétante et risque de réduire à néant des années de progrès dans l'élimination du paludisme. Nous devons réfléchir à de nouveaux moyens d'intensifier les mesures de santé publique et de réduire la propagation du paludisme résistant au traitement, particulièrement en Asie du Sud-Est », a déclaré Michael Chew, conseiller de portefeuille scientifique, Wellcome Infection and Immunology Team.

Comme la résistance aux antipaludiques continue de progresser à travers l'Asie du Sud-Est et pourrait émerger ou s'étendre à l'Afrique, le coauteur de l'étude, Gilles Delmas, directeur de la METF, suggère qu’« une planification rigoureuse et un engagement public pour obtenir le soutien des communautés affectées constituent la clé du succès. Notre étude montre que nous pouvons éliminer le paludisme même dans les zones reculées. Mais sur le long terme, nous aurons besoin d’un soutien politique et financier pour prévenir le retour du paludisme. »

L'élimination efficace du paludisme s'appuiera également sur un suivi cohérent de la résistance aux médicaments, à l'aide d'outils de cartographie tels que ceux fournis par l'Organisation mondiale de la santé et WWARN. Le partage de données et la mise en commun des analyses pour fournir des données probantes sur la performance des ACT, par le biais des groupes d'étude WWARN, conjointement avec l'utilisation cohérente du TAUG (Therapeutic Area User Guide ou guide de l’utilisateur par domaine thérapeutique) appliqué au paludisme, lancé par le CDISC, aideront les chercheurs travaillant dans les pays endémiques à rassembler des données précieuses pour lutter contre cette maladie mortelle.

Bien que cette étude couvre 18 000 km2, les auteurs estiment que ce n’est pas suffisant et que d'autres études sont nécessaires avant le déploiement de cette stratégie dans d'autres parties de l'Asie du Sud-Est. Cet ambitieux groupe de recherche a montré que l'élimination du paludisme est possible, si nous mettons en place des approches audacieuses pertinentes, le plus rapidement possible.

Lire l'article complet : Landier et al. Effect of generalised access to early diagnosis and treatment and targeted mass drug administration on Plasmodium falciparum malaria in Eastern Myanmar: an observational study of a regional elimination programme. The Lancet. Publié en ligne le 24 avril 2018.

L'étude a été financée par la Fondation Bill et Melinda Gates, le Fonds mondial et le Wellcome Trust, et organisée par le projet Malaria Elimination Task Force (METF) basé au SMRU, en étroite collaboration avec les autorités locales de la santé.