Search
Credit: IDDO/ Mehul Dhorda

Une étude analyse les réseaux de résistance aux antimicrobiens dans les pays à revenu faible et intermédiaire

8 May 2018

Une étude publiée récemment fait état des défis à relever pour établir des réseaux efficaces et durables de lutte contre la résistance aux médicaments antimicrobiens dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRF-PRI). 

L'étude, « An inventory of supranational antimicrobial resistance surveillance networks involving low- and middle-income countries since 2000 » (inventaire des réseaux supranationaux de surveillance de la résistance aux antimicrobiens impliquant des pays à faible et moyen revenus depuis 2000), souligne à quel point il est essentiel de disposer d'un leadership fort et d’investissements durables pour surmonter les difficultés.

Les PRF-PRI assument le gros de la charge mondiale des maladies infectieuses et de la résistance aux médicaments. Cependant, alors que la sensibilisation à la menace de la résistance aux antimicrobiens (RAM) s’accroit, les PRF-PRI ont souvent des systèmes de surveillance faibles avec peu de ressources pour s'attaquer au problème.

L'étude présente une analyse des réseaux supranationaux de surveillance de la RAM dans les PFR-PRI, réseaux qui existaient entre janvier 2000 et août 2017. Elle évalue l'impact et les enjeux de ces réseaux et les implications pour le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (GLASS). Il a été identifié 72 réseaux supranationaux RAM, mais plus de la moitié d'entre eux ont déjà disparu en raison d'une variété de difficultés, dont l'impossibilité d'obtenir un financement continu.

La présence d’un système de surveillance efficace est le fondement de l’évaluation de la charge de la RAM et de la génération des informations préalables à toute action. L’obtention d'une couverture élevée dans tous les PFR-PRI et le respect de la fréquence recommandée du reporting sont les deux plus grands défis auxquels ont été confrontés les réseaux mondiaux.

En 2015, la 68e Assemblée mondiale sur la santé a adopté un Plan d'action mondial sur la résistance aux antimicrobiens et a lancé GLASS pour appuyer la mise en œuvre de l'un des cinq objectifs stratégiques du Plan : renforcer la base factuelle grâce à l'amélioration de la surveillance et de la recherche au niveau mondial.

GLASS vise à constituer une surveillance passive de la résistance antibactérienne, intégrée dans la prise en charge courante des patients, et à remplacer les méthodes actuelles de surveillance de la résistance aux médicaments contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, qui s’appuient généralement sur une surveillance active comme les enquêtes transversales ou les études d'observation sur des sites sentinelles.

Cependant, le manque de ressources, la faible couverture et les activités de surveillance non normalisées dans les PRF-PRI pourraient remettre en question cette initiative mondiale. « Notre analyse suggère que des approches complémentaires actives pourraient s’avérer nécessaires dans de nombreux PRF-PRI. La surveillance de la résistance aux antimicrobiens nécessite un niveau d'infrastructures de laboratoire et de formations qui n’est pas toujours au rendez-vous », a déclaré le Dr Elizabeth Ashley, auteure principale de l'étude et chercheuse clinique à l’unité Myanmar-Oxford Clinical Research Unit, université d'Oxford.

L'étude suggère qu’un réseau de surveillance efficace de la RAM devrait être en mesure de générer des données comparables de haute qualité, représentatives et actualisées. Cependant, les réseaux identifiés ont été initiés par des entités variées, telles que l'Organisation mondiale de la santé, l'industrie pharmaceutique et des groupes d'universitaires, d'où une diversité des approches. Par exemple, les réseaux universitaires ont tendance à concentrer la surveillance de la RAM autour d'une question clinique spécifique alors que les compagnies pharmaceutiques cherchent à évaluer la sensibilité à un médicament particulier.

Malgré les défis, le Dr Ashley demeure optimiste : « Avoir une meilleure compréhension de ces difficultés est le premier pas vers leur résolution. Le gouvernement britannique et des organisations internationales ont promis de s'attaquer à ce problème et ils ont engagé des investissements importants pour soutenir les efforts visant à mieux comprendre et répondre à la RAM. C’est un signe très positif.»

Ashley et al estiment que pour être efficaces, les réseaux ont besoin d'un leadership et d’une coordination solides car ils doivent être en mesure d’influer sur les politiques et lignes directrices mises en œuvre pour avoir un impact positif sur la santé humaine et animale. Une approche de type « santé unique » appliquée à la surveillance tiendrait compte de l'interaction entre les moteurs de la RAM chez les humains, les animaux et l'environnement, tandis qu’un registre actualisé des réseaux pourrait appuyer une approche plus coordonnée, réduire la duplication des efforts et améliorer la durabilité.

Détails de la publication

Elizabeth A Ashley, Judith Recht, Arlene Chua, David Dance, Mehul Dhorda, Nigel V Thomas, Nisha Ranganathan, Paul Turner, Philippe J Guerin, Nicholas J White, Nicholas P Day; An inventory of supranational antimicrobial resistance surveillance networks involving low- and middle-income countries since 2000, Journal of Antimicrobial Chemotherapy, dky026, https://doi.org/10.1093/jac/dky026. PMID: 29514279

Cette publication est le résultat d'une étude indépendante commandée par Wellcome et financée par le Département britannique de la santé.